Les Raoul à l’HYPERMARCHÉ


 

Ça y est, c’est samedi, le jour des courses au Carchan ou au Aufour le plus proche. Le samedi, c’est le jour des bœufs, le jour de ceux qui pourraient faire leurs courses un autre jour dans la semaine. Mais non, le samedi, c’est mieux. Le jour où après avoir tondu la pelouse du pavillon de banlieue à Sainte-Giselle-sur-Daube, on s’empresse de mener sa BX vers les promesses du pays des merveilles : le centre commercial.

 

Le parc de stationnement

C’est la première étape avant d’approcher le royaume de la consommation. Généralement, quand le Raoul de base décide de passer une heure trente dans son magasin préféré, il compte quarante minutes pour entrer dans le parking et se garer, vingt minutes pour faire ses courses et encore trente minutes rien que pour sortir du parking.

Imaginez vos joueurs Raoul dans les embouteillages qui mènent à la zone industrielle. Regardez les s’énerver dans la chaleur des gaz d’échappement. Imaginez surtout la bataille digne du jeu Car Wars, pour s’approprier une place dans le parc de stationnement.

Mais, le pire est à venir : c'est quand on a fait la queue à la station-service (moins chère) du supermarché. Car, c’est seulement après avoir attendu derrière le gars qui prend son temps et qui remplit, en plus, tous les réservoirs à sa disposition, c’est-à-dire trois jerricans, un arrosoir, deux bouteilles d’eau et celui de sa camionnette J5 de 150 litres ; qu’on arrive enfin à la pompe. C’est à ce moment, que 1) on est le 422eme client il n’y a plus de " gazôhèle ", élément indispensable pour la R21 turbo diesel ; 2) la carte de crédit ne marche pas ! NE MARCHE PAS !

Ça y est ! Le Raoul, il a garé sa caisse. Il peut prendre un caddie® et … putain ! Il faut une pièce de dix francs ! Il veut une pièce de dix balles et il n’a pas de pièce de dix balles. Comment va-t-il faire ses courses sans pièce ? Imaginez pour vos joueurs un jeu de piste à la recherche d’une pièce de dix francs. A moins qu’il ne rentre pour en chercher une.

 

Ils sont enfin entrés dans l’immense hangar plein de trucs à vendre

Passé les boutiques de la galerie marchande où l’on vend des fringues " ‘achement chébran , top délire mégacool ! " (comme dit la fille aînée de la famille Raoul) Nouf-nouf ou Benêtcon, on entre dans le saint des saints, le symbole du capitalisme occidental, la corne d’abondance où les crédits sur quinze ans assèchent les comptes, où tout ne semble pas cher (surtout quand on achète à crédit).

La famille Raoul passe des petits portillons automatiques devant le regard torve des vigiles. Dedans, c’est l’enfer. La guerre des caddies®. Les priorités à droite ne sont même pas respectées au rayon des yaourts nature. Bien sûr, tout Raoul possède sa liste des commissions. Bobonne veut qu’on lui ramène tout un nombre de choses (liste non exhaustive) :

 

Un bon Raoul digne de ce nom devra vendre son âme pour trouver tout ce qui est inscrit sur la liste. Exemple : La Barbie est tellement à la mode, qu’il n’en reste plus qu’une en rayon… Et il n’y a pas qu’un Raoul sur le coup. Qui va sortir vainqueur pour pouvoir offrir la Barbie dans un emballage déchiqueté à sa fille (peut-être aura-t-il dû payer le quadruple de son prix) ? Variante : ça marche aussi avec les Tamagoshis, les animaux virtuelles à la mode. (Attention : les Patoufs sont déjà démodés, inutile d’essayer d’en acheter à sa fille ; c’est ringard).

Mais, surtout, il ne devra pas être tenté par toutes ces promos et toutes ces ventes flashes. Pour résister faites un jet de Moelle. Idem pour résister à ces plateaux dégustations que vous tendent des hôtesses au sourire enjôleur (dans ce cas faire deux tests : un pour le produit et un autre pour l’hôtesse). Il devra aussi éviter les bombardements de parfum vaporisé par une hôtesse susdite (non, il n’y a pas de faute de frappe) au rayon parfumerie.

On peut imaginer que le Raoul surprenne un petit voleur à la manque, qui enfile une barquette de jambon sous vide sous son T-shirt. Va-t-il le dénoncer au vigile, ou va-t-il faire pareil ? S’il fait pareil, il se retrouvera avec tous les vigiles de l’hypermarché sur le dos. Ils le tabasseront dans un minuscule bureau dans les coulisses du magasin.

Une fois que les courses seront faites, il restera une des épreuves la plus dure de ce samedi après-midi :

 

La queue aux caisses

Règle numéro un : quand on choisit une file, ce n’est jamais la bonne, c’est toujours celle qui avance le moins rapidement. Pourquoi ? Dites tout de suite que cela ne vous est jamais arrivé à vous ! Caisse bloquée, une carte qui ne passe pas, un gars qui paye avec que des pièces de vingt centimes, l’alarme qui sonne et le petit branleur de tout à l’heure qui se fait serrer…

Règle numéro deux : il y a toujours un guignol qui essaie de vous passer devant. Dans ce cas, il n’y a pas à négocier, il faut lui rentrer dans le lard. (Attention tout de même, cette histoire est arrivée dans un centre commercial non loin de chez moi et au premier signe de protestation du doublé, le doubleur lui a enfoncé un tesson de bouteille de vinaigre dans le coup. Cette histoire est véridique, alors méfiez-vous avant de rentrer dans le lard du doubleur).

Règle numéro trois : il y a toujours des bonbons à la sortie du magasin, à proximité des caisses. Et des caisses, les mômes du Raoul vont en chier trente-six jusqu’à ce qu’on leur achète ces bonbons. Keep cool. Gardez votre sang froid, car au moindre signe de fessée, les gens bien pensants aux alentours vont vous prendre pour un tortionnaire d’enfants. Vous allez sûrement être obliger de céder.

Règle numéro quatre : la caisse que vous aviez choisie ferme au moment où, enfin, vous vous approchiez du tapis roulant. L’effet pervers, c’est que vous aviez déjà mis tous vos articles sur le tapis en question. Vous invectivez la caissière, vous vous en prenez aux autres clients et aux vigiles qui viennent pour vous mettre dehors.

Règle numéro quatre bis : dans la même situation que ci-dessus, vous arrivez jusqu’à la caissière (une étudiante en DEA de mathématiques appliquées qui fait caissière pour se payer ses études) et tous vos articles ont été enregistrés. La jeune fille vous annonce le montant à payer sur le même ton qu’elle prend quand elle révise ses cours. Et là ! Ô stupeur ! Vous avez oublié votre portefeuille, chéquier, carte de crédit (rayer la mention inutile). La honte vous remonte jusqu’aux oreilles. Vous rougissez d’humiliation. La caissière excédée appelle le vigile. Rebelote, vous êtes foutus dehors.

 

Final : putain ma bagnole !

Et oui, le samedi après-midi, sur le parking, il y a du monde. Il y a les chauffards, bien sûr, qui peuvent avoir cassé un phare au Raoul respectueux des belles voitures (BX, R21, Saab, Golf cabriolet, Xantia…). Mais le pire, c’est les voleurs d’autoradio ; Voire même les voleurs de bagnoles toutes entières.

L’idéal serait de mettre le ou les Raoul devant le fauteur de trouble. Nez à nez, face au délinquant, que feront nos Raouls ? L’idéal, serait que la voiture n’en reste pas indemne. On pourrait imaginer une course poursuite en voiture dans un centre commercial saturé. Un virage maladroit pourrait projeter la voiture à l’intérieur de la galerie marchande (à voir avec le MJ). Dans ce cas, il ne vaudrait mieux pas que les caddies® respectent les priorités.

Suite possible : N’oubliez pas qu’à proximité des Auclercs et autres Casinants, il y a souvent d’autres magasins-hangars plus spécialisés : Pentathlon, Home cuisines, Bazarfouille, MacFast driving, Loutrorama, Eléphant laineux, Come sport, Picore surgelé… Autant d’invitations à l’aventure.

 

Laurent LANTY mdixit@altern.org

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